Le concept de maturité de carrière, initialement appelé maturité vocationnelle, est une pierre angulaire de la psychologie de carrière depuis son introduction formelle il y a plus de 50 ans par Donald Super en 1955.
Introduction au Concept de Maturité de Carrière :
Le concept de maturité de carrière, initialement appelé maturité vocationnelle, est une pierre angulaire de la psychologie de carrière depuis son introduction formelle il y a plus de 50 ans par Donald Super en 1955 [1]. Ce concept reflète la capacité d’un individu à naviguer dans le paysage complexe du développement de carrière, en particulier face aux tâches développementales imposées par des facteurs biologiques, sociaux et les attentes sociétales à différents stades de la vie. Comme l’a défini Super, la maturité de carrière est « la capacité d’un individu à faire face aux tâches développementales auxquelles il est confronté en raison de son développement biologique et social, ainsi que des attentes de la société envers les personnes ayant atteint ce stade de développement » [2]. Cette préparation n’est pas une qualité statique, mais une interaction dynamique entre les dimensions affective (attitudinale) et cognitive, qui influencent ensemble le modèle de carrière qu’un individu suit tout au long de sa vie [3]. Par exemple, un adolescent confronté à la pression sociale de choisir une filière universitaire démontre une maturité de carrière en intégrant sa connaissance de soi (comme un intérêt pour les domaines créatifs) avec des informations sur les carrières (comme les perspectives d’emploi dans les métiers artistiques), aboutissant à une décision réaliste alignée sur les attentes développementales.
En essence, la maturité de carrière mesure le degré auquel une personne peut accomplir avec succès les tâches vocationnelles propres à chaque stade de son cycle de vie. Elle reflète les progrès dans la formation d’un concept de soi réaliste en lien avec le travail, l’intégration des aspirations personnelles avec les réalités professionnelles, et la manifestation des attitudes et compétences nécessaires pour une prise de décision efficace en matière de carrière. Cette préparation contribue directement à la trajectoire du modèle de carrière d’un individu, les attitudes envers la planification et l’exploration, ainsi que la connaissance du monde du travail et des étapes de vie, servant d’indicateurs fiables des niveaux de maturité [4]. Par exemple, un jeune adulte dans la phase d’exploration qui recherche activement plusieurs chemins de carrière, comme comparer les exigences des métiers d’ingénieur et d’enseignant, montre une forte maturité de carrière, évitant l’indécision et favorisant une satisfaction à long terme. Au fil des décennies, le concept a considérablement évolué, passant d’un cadre moderniste rigide à une orientation psychosociale plus fluide. Ce changement est largement attribué à l’évolution de l’environnement de travail, incitant à remplacer la maturité de carrière par le concept plus large d’adaptabilité de carrière [5]. Le proverbe des Xhosa d’Afrique du Sud, « akukho nto itheni ebonga theni », signifiant « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », offre une métaphore pour comprendre cette évolution cyclique du concept, reflétant des défis de carrière intemporels dans des contextes modernes [6].
Cet article explore en profondeur les fondements historiques, les composantes essentielles, les recherches empiriques, les critiques, les applications transculturelles et la transition cruciale vers l’adaptabilité de carrière. En synthétisant une multitude d’idées savantes, il vise à fournir un aperçu complet mettant en lumière à la fois la pertinence durable et les adaptations nécessaires de la maturité de carrière dans les contextes contemporains, avec des exemples tirés des stades développementaux pour illustrer les applications pratiques.
Développement Historique de la Maturité de Carrière
De la Maturité Vocationnelle à une Perspective Moderniste :
L’évolution de la maturité de carrière illustre bien le développement global de la psychologie de carrière, passant d’une perspective pré-moderniste à une vision résolument moderniste du comportement de carrière [7]. Introduit comme maturité vocationnelle par Super en 1955, le concept mettait initialement l’accent sur une évaluation ponctuelle de la préparation à la carrière d’un individu [1]. Cependant, avec l’évolution du cadre théorique de Super vers la théorie de la construction de carrière, cette définition est devenue plus flexible, orientée vers un processus qui met en avant la nature développementale du comportement de carrière. Cette perspective reconnaît que différents types et niveaux de préparation sont non seulement appropriés, mais essentiels à travers les divers âges et stades développementaux [6]. Par exemple, au début de l’adolescence, la maturité de carrière peut se manifester par une simple curiosité pour les métiers observés chez les membres de la famille, tandis qu’à l’âge adulte moyen, elle implique d’adapter les plans à des changements de carrière imprévus, comme un changement d’industrie, illustrant ainsi l’orientation vers le processus.
Au cœur de ce développement historique se trouve la relation systématique de la maturité de carrière avec le temps, comme proposé par Vondracek et Reitzle (1998) [8]. Chaque stade de développement nécessite la maîtrise de tâches adaptées à l’âge, formant une série de cycles plus courts au sein du cadre plus large du cycle de vie de Super, où la maturité de carrière reflète la préparation d’un individu à relever ces tâches influencées par des facteurs biologiques, sociaux et sociétaux. Cette préparation inclut des attitudes émotionnelles comme la planification et la curiosité pour la planification et l’exploration de carrière, ainsi que des compétences cognitives telles que la compréhension de soi, des carrières, leur intégration, la prise de décisions efficaces et la formulation de plans pratiques [6, 9].
L’importance de la perspective temporelle dans ce processus a été soulignée dès 1957 par Super et al., qui ont discuté de son rôle comme déterminant de la maturité vocationnelle [10]. En 1981, Super a avancé un modèle interactif où la perspective temporelle se développe grâce à une exposition précoce à l’information sur les carrières, aux interactions avec des figures influentes de l’environnement et à la cultivation des intérêts personnels. Ce modèle aboutit à la planification, une composante essentielle de la maturité de carrière qui intègre ces facteurs pour permettre aux individus de s’appuyer sur des expériences passées tout en se projetant dans l’avenir [11]. Un exemple est celui d’un adolescent utilisant ses expériences scolaires passées (par exemple, des réussites en sciences) et ses projections futures (comme envisager une carrière en laboratoire) pour planifier des étapes éducatives, démontrant ainsi comment la perspective temporelle favorise la maturité.
Contributeurs Clés et Fondations Théoriques :
John Crites a joué un rôle déterminant dans l’avancement de l’étude de la maturité vocationnelle, la conceptualisant comme un processus développemental continu qui se déploie à travers une série de stades et de tâches. Crites a développé l’Inventaire de Maturité de Carrière (CMI) comme un outil d’évaluation principal, devenu une référence dans le domaine [12]. La théorie globale de Super, avec son accent sur le développement à travers le cycle de vie, a fait l’objet de recherches internationales approfondies, validant son applicabilité dans divers contextes [13, 9]. Le concept était intrinsèquement sensible à la stabilité socio-économique et professionnelle du milieu du XXe siècle, une période caractérisée par des trajectoires de carrière prévisibles. Comme l’a justement observé Savickas, « le contexte ne compte pas seulement, il fait partie intégrante du développement de carrière » [14, 6]. Cette sensibilité contextuelle souligne comment la maturité de carrière reflétait le monde du travail ordonné de son époque, où la progression linéaire était la norme [15, 6]. Par exemple, dans cette ère stable, la maturité pouvait être illustrée par un travailleur progressant régulièrement d’un poste de débutant à un rôle de gestionnaire dans une même entreprise, contrairement aux changements fréquents d’emploi d’aujourd’hui.
Concepts de Base et Composantes de la Maturité de Carrière
Dimensions Attitudinales et Cognitives :
Au cœur de la maturité de carrière se trouve un concept multidimensionnel comprenant des domaines attitudinal (affectif) et cognitif, comme l’a défini Crites (1976) [16]. Le domaine attitudinal se concentre sur les orientations émotionnelles envers le développement de carrière, incluant la planification de carrière (ou planfulness) et l’exploration de carrière (ou curiosité). Ces attitudes reflètent la motivation et la volonté d’un individu à s’engager activement dans sa trajectoire de carrière [2, 3]. Par exemple, la planification peut impliquer un étudiant créant un calendrier pluriannuel pour des stages et des études, tandis que la curiosité peut se manifester par la participation à des salons de l’emploi pour explorer des domaines variés comme la santé ou la technologie. En complément, la dimension cognitive englobe les compétences intellectuelles essentielles pour une prise de décision éclairée. Les éléments clés incluent une compréhension réaliste des préférences professionnelles, obtenue en alignant le concept de soi professionnel et l’identité vocationnelle avec les exigences réelles des carrières préférées [2, 3]. La préparation à la carrière nécessite également de maîtriser des tâches développementales spécifiques : acquérir une connaissance appropriée de soi (y compris les capacités, intérêts et valeurs) ; obtenir une connaissance des carrières (exigences et opportunités professionnelles) ; intégrer la connaissance de soi avec l’information sur les carrières ; démontrer une prise de décision efficace en matière de carrière ; et formuler des plans de carrière concrets [6]. Ces tâches ne sont pas isolées mais interdépendantes ; par exemple, la connaissance de soi des compétences analytiques peut s’intégrer avec la connaissance des rôles en science des données pour informer une décision de poursuivre une formation pertinente.
Stades Développementaux et Préparation à Travers le Cycle de Vie :
La maturité de carrière implique la capacité à accomplir des tâches adaptées à l’âge et au stade de vie d’un individu [17, 18]. Pendant l’adolescence, en particulier dans la phase d’exploration de Super (1980), les individus doivent intégrer leurs intérêts, compétences et capacités pour se concentrer sur des objectifs de carrière spécifiques — une tâche avec laquelle beaucoup luttent en raison d’un manque de préparation développementale [19, 18]. Ici, évaluer et surmonter les obstacles au développement devient crucial dans le conseil en carrière, aidant les clients à établir des voies de croissance [18]. Par exemple, un adolescent incapable de se concentrer sur un objectif en raison d’intérêts flous pourrait bénéficier d’exercices de cartographie des compétences comme le travail d’équipe vers des carrières de service social. Au-delà de l’adolescence, la maturité de carrière reste pertinente à tous les stades de la vie, s’adaptant aux transitions telles que l’établissement, le maintien et le désengagement dans le modèle de Super. Les compétences cognitives, y compris la conscience de la nécessité de décisions et la compréhension des préférences vocationnelles, sont vitales car elles propulsent les clients vers l’action [20, 18]. De plus, le réalisme sert de test décisif pour la maturité, évaluant dans quelle mesure les aspirations correspondent aux réalités professionnelles [2], comme une personne ajustant des rêves irréalistes de célébrité dans le divertissement à des rôles de soutien médiatique pratiques.
Intégration avec les Processus de Carrière Plus Larges :
À l’échelle individuelle, la maturité de carrière est intimement liée au raffinement de caractéristiques telles que l’identité de soi, l’identité de carrière, les valeurs professionnelles, les capacités, les intérêts, la planification et la maturité globale [21]. Ce processus est segmenté dans la théorie de Super, mettant l’accent sur des concepts spécifiques comme le concept de soi et les valeurs professionnelles pour construire un récit de carrière cohérent [2, 22]. L’idée de maturité de carrière représente ainsi le degré de réalisation des tâches vocationnelles à chaque stade, semblable à des mini-cycles au sein de cycles de vie plus larges [9]. Pour clarifier, dans les mini-cycles de Super, une transition comme l’entrée sur le marché du travail pourrait impliquer des tâches telles que l’exploration initiale d’emplois, en parallèle avec les maxi-cycles de croissance et de maintien.
Recherche Empirique sur la Maturité de Carrière
Corrélations et Études de Validation
Un corpus important de recherches s’est concentré sur la validation du concept de maturité de carrière et ses corrélations avec une multitude de variables. Les facteurs intrapersonnels tels que le genre, le statut socio-économique (SSE), l’identité vocationnelle, la prise de décision de carrière et l’indécision, la saillance du rôle professionnel, et les traits de personnalité ont été largement explorés [13, 23, 6]. Par exemple, les études ont examiné comment ces éléments interagissent pour influencer les niveaux de maturité, en se concentrant sur des échantillons américains et internationaux, comme lier un SSE plus élevé à un meilleur accès aux ressources de carrière qui améliorent la prise de décision. Cependant, les résultats révèlent un manque notable de cohérence. Les recherches sur les corrélats potentiels comme l’âge, le genre et le SSE produisent des résultats mitigés, sans consensus clair émergeant des études nationales ou mondiales [6]. Les recherches sur le genre, en particulier, produisent des résultats incohérents selon la facette de la maturité examinée — attitudinale ou cognitive. Bien que la majorité des études indiquent que les femmes présentent des niveaux plus élevés de maturité de carrière dans l’ensemble, cette différence est plus prononcée dans les aspects cognitifs que dans les aspects attitudinaux [13, 6], comme observé dans les cas où les femmes montrent un réalisme plus fort dans l’alignement des préférences, mais des attitudes de planification similaires.
Influences du Temps, de l’Âge et de l’Éducation :
Compte tenu de l’essence séquentielle et développementale de la maturité de carrière, de nombreuses études l’ont liée à des facteurs temporels, en particulier l’âge et le niveau d’éducation [6]. Savickas et ses collègues (1984) ont conclu que la perspective temporelle est une variable critique, influençant la manière dont les individus anticipent et se préparent aux exigences futures de la carrière [24]. Cela s’aligne avec les premiers travaux de Super, où la perspective temporelle sous-tend les déterminants de la maturité [10]. Les interventions empiriques soutiennent davantage ces hypothèses développementales. Une étude a révélé que les étudiants présentant des niveaux élevés de maturité de carrière étaient plus enclins à poursuivre des études à temps plein, à obtenir de meilleurs résultats académiques et professionnels, et à maintenir un meilleur équilibre psychologique par rapport à leurs pairs moins matures [25, 9]. Par exemple, les étudiants matures pourraient choisir des filières alignées sur des objectifs à long terme, menant à un meilleur emploi post-diplôme. De même, les examens des interventions de développement de carrière ont trouvé des résultats cohérents avec la nature progressive de la maturité, où un soutien ciblé améliore la maîtrise des tâches [26, 9]. Un volume suffisant de recherches internationales sur la théorie de Super renforce ces modèles, bien que des défis dans la mesure persistent [13, 9].
Implications Plus Larges et Perspectives Longitudinales :
La recherche s’étend également au rôle de la maturité de carrière dans les résultats à long terme, comme la mobilité considérée comme un « rite de passage » parmi les jeunes — une phase de transition pleine d’aventure et menant à une plus grande maturité. Notamment, les deux genres et groupes d’âge s’engagent de manière égale dans cette mobilité, sans distinctions significatives observées [27]. Ces résultats soulignent la nature dynamique et intégrée au cycle de vie du concept, illustrée par de jeunes professionnels voyageant pour des expériences de travail qui développent l’adaptabilité et la maturité.
Critiques et Limites de la Maturité de Carrière
Sensibilité Contextuelle et Nature Chargée de Valeurs :
L’une des principales critiques à l’encontre de la maturité de carrière est sa sensibilité contextuelle limitée, en particulier ses racines dans l’environnement de travail stable et ordonné du milieu du XXe siècle [15, 6]. Développé dans une ère de structures d’emploi prévisibles, le concept prescrit des comportements normatifs qui ne s’alignent pas toujours avec le marché du travail volatile et postmoderne d’aujourd’hui. Comme l’a souligné Savickas, l’incapacité à tenir compte du contexte rend le modèle inadéquat, car « le contexte ne compte pas seulement, il fait partie intégrante du développement de carrière » [14, 6]. Cette omission amplifie une autre critique : la qualité chargée de valeurs de la maturité de carrière, qui impose des idéaux occidentaux de classe moyenne sur ce qui constitue un comportement « mature », marginalisant potentiellement les perspectives culturelles ou socio-économiques diverses [6]. Par exemple, une norme chargée de valeurs pourrait privilégier la réussite individuelle par rapport aux rôles familiaux collectifs dans certaines cultures.
Défis de Mesure et Biais Intellectuel
Malgré plus de 40 ans de recherche et le développement de nombreux outils d’évaluation, la controverse persiste concernant la définition précise et la mesure de la maturité de carrière. Les critiques soutiennent que de nombreux inventaires évaluent principalement la capacité intellectuelle plutôt que la véritable préparation développementale pour négocier les tâches et transitions [28, 18]. Ce biais peut conduire à des interprétations trompeuses, où des scores élevés reflètent une prouesse cognitive plutôt que des compétences spécifiques à la carrière. Comme l’a succinctement exprimé Savickas, «les solutions d’hier sont les problèmes d’aujourd’hui », signalant le besoin de mises à jour théoriques [29, 6], comme dans les cas où des individus intelligents mais peu motivés obtiennent des scores élevés mais luttent avec les transitions réelles.
Résultats Empiriques Inconclusifs :
L’incohérence des recherches sur les corrélats — comme les différences de genre plus évidentes dans la maturité cognitive ou l’impact variable du SSE — souligne davantage ces limites [6]. Les résultats mitigés de diverses études suggèrent que la maturité de carrière ne prédit pas universellement les résultats, incitant à des appels pour une substitution par des cadres plus adaptables [30, 31, 20, 15, 9].
Considérations Transculturelles dans la Maturité de Carrière
Défis de l’Équivalence dans l’Évaluation Transculturelle :
L’application des modèles et mesures de maturité de carrière à travers les cultures a suscité une attention croissante, car les instruments développés dans un contexte échouent souvent à se traduire efficacement dans d’autres [32, 6]. Une approche courante consiste à comparer les scores d’une seconde culture à ceux de l’originale, tirant des conclusions sur les similitudes ou différences (par exemple, un intérêt plus élevé pour les arts dans une nouvelle culture [6]). Cependant, sans garantir l’équivalence du construit, de telles comparaisons sont sujettes à des inexactitudes, car le construit sous-jacent peut ne pas être représenté de manière équivalente[6]. L’équivalence du construit est une pierre angulaire de l’évaluation transculturelle, exigeant une attention minutieuse à la traduction et à l’adaptation [33, 6]. Même avec une traduction rigoureuse, l’équivalence n’est pas garantie, en particulier dans des groupes linguistiquement similaires mais culturellement distincts (par exemple, des variations ethniques aux États-Unis [6]). Sans un examen explicite, des mesures inappropriées peuvent produire des résultats trompeurs, et l’équivalence est une approximation continue plutôt qu’un accomplissement définitif [6]. Par exemple, une échelle de maturité développée aux États-Unis pourrait ignorer les valeurs collectivistes dans les contextes asiatiques, conduisant à des scores biaisés.
Perspectives Étiques et Émiques
L’évaluation de l’équivalence du construit implique de naviguer dans la tension dynamique entre les approches étiques (aspects universels, transculturels) et émiques (éléments spécifiques à une culture) [34, 6]. La perspective émique examine les phénomènes du point de vue de l’intérieur, intégrant les croyances, expériences et points de vue des participants culturels, en contraste avec la perspective étique externe et objective [6, 35]. Les examens étiques évaluent la généralisabilité à travers les relations intra-mesures (par exemple, la cohérence structurelle entre cultures) et les relations extra-mesures (par exemple, les corrélations avec d’autres instruments de magnitude similaire [6]). L’équivalence est établie lorsque les deux produisent des résultats comparables à travers les contextes [6]. Un exemple est de tester si les sous-échelles d’une échelle de maturité (par exemple, la planification) conservent des structures factorielles similaires dans des échantillons américains et européens.
Adaptation des Mesures pour un Ajustement Culturel :
La traduction des items peut ne pas suffire si ceux-ci ne conviennent pas à la culture cible ; des items sensibles à l’approche émique peuvent être nécessaires pour représenter le construit de manière équivalente [6]. Des construits comme le modèle RIASEC de Holland — classifiant les individus et les environnements en types Réaliste, Investigateur, Artistique, Social, Entreprenant et Conventionnel — peuvent atteindre l’équivalence grâce à des échelles adaptées culturellement. Les individus recherchent des environnements qui capitalisent sur leurs traits, la performance professionnelle émergeant des interactions entre la personnalité et l’environnement [36, 6, 37]. Ainsi, des mesures diverses peuvent capturer équitablement les mêmes construits sous-jacents lorsqu’elles sont adaptées de manière émique ; par exemple, dans une culture collectiviste, les types sociaux pourraient mettre l’accent sur des rôles orientés vers la communauté plutôt que sur l’entreprise individuelle.
Transition vers l’Adaptabilité de Carrière
Justification pour le Remplacement :
La proposition de remplacer la maturité de carrière par l’adaptabilité de carrière marque un retour cyclique complet aux formulations antérieures de Super, reconnaissant l’influence profonde des facteurs contextuels [31, 6]. Comme le rappelle le proverbe Xhosa, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », faisant écho à la nature intemporelle mais adaptable des construits de carrière [6]. La théorie de Super atteint une plus grande intégration en centrant l’adaptabilité de carrière plutôt que la maturité, répondant aux limites des tâches développementales linéaires et prévisibles dans un monde turbulent [31, 20, 15, 6]. L’adaptabilité de carrière confère un sens plus holistique à la préparation à la carrière développementale, la décrivant comme un processus continu d’adaptation au changement plutôt que la maturation de comportements prescrits. Elle intègre la forme adaptative à travers les attitudes, les croyances et les compétences, permettant aux individus de s’ajuster aux circonstances évolutives [6]. Ce changement s’éloigne des racines rigides, mettant l’accent sur la flexibilité face aux exigences contextuelles [6]. En raison des résultats empiriques mitigés sur la maturité, des chercheurs comme Herr (1997) et Savickas (1997, 2002, 2005) ont préconisé cette substitution [30, 31, 20, 15, 9]. Par exemple, l’adaptabilité permet à un travailleur déplacé par l’automatisation de se réorienter vers de nouvelles compétences, contrairement à la maturité rigide axée sur des chemins fixes.
Éléments de l’Adaptabilité de Carrière :
Super (1983) a recommandé l’adaptabilité de carrière comme terme post-adolescent, englobant cinq éléments : préoccupation (conscience des besoins de carrière), contrôle (sentiment d’autonomie), curiosité (comportement exploratoire), confiance (auto-efficacité dans les décisions) et consultation (Ingéniosité [38, 18]). La saillance de carrière — la valeur relative accordée au rôle de carrière par rapport à d’autres rôles de vie — est une composante majeure, particulièrement pertinente pour les femmes équilibrant des rôles multiples [20, 39, 18]. La préparation reste centrale mais inclut désormais des éléments adaptatifs pour un ajustement tout au long de la vie, comme un parent réévaluant les priorités de carrière après des changements familiaux.
Évaluation et Concepts Associés dans la Maturité de Carrière
Instruments et Méthodes d’Évaluation :
L’évaluation de la maturité de carrière et de l’adaptabilité est cruciale dans le conseil en carrière, en particulier pendant les phases d’exploration où les adolescents font face à des décisions prématurées sur le plan développemental [18]. Des outils comme l’Inventaire de Maturité de Carrière (CMI) et l’Inventaire des Préoccupations de Carrière des Adultes (ACCI) favorisent le dialogue conseiller-client, malgré des défis psychométriques [40, 41, 18, 28]. Des entretiens structurés couvrant les catégories d’adaptation évaluent l’adaptabilité [20, 18]. Pour l’indécision — un obstacle au choix — les évaluations incluent l’Échelle de Décision de Carrière, l’Inventaire des Facteurs de Carrière et le Questionnaire des Difficultés de Décision de Carrière, identifiant les problèmes comme les déficits d’information, les incohérences de valeurs ou les conflits externes [42, 43, 44, 45, 18]. L’Échelle d’Auto-efficacité dans la Prise de Décision de Carrière (CDMSE) mesure les compétences en auto-évaluation, collecte d’informations, sélection d’objectifs, planification et résolution de problèmes, bien que la structure des sous-échelles varie [46, 18], illustré par un client ayant un faible score en planification nécessitant des exercices ciblés.
Personnalité et Saillance en Relation avec la Maturité
L’évaluation de la personnalité complète les mesures d’intérêt et de capacité dans le conseil, en se concentrant sur les traits normaux via le modèle des Big Five : extraversion (intensité interpersonnelle), stabilité émotionnelle (ajustement), ouverture à l’expérience (tolérance à la nouveauté), amabilité (coopération) et conscience (organisation) [47, 18]. La conscience et la stabilité émotionnelle prédisent robustement la performance professionnelle à travers les métiers, tandis que la stabilité émotionnelle est liée à la satisfaction, et la conscience et l’extraversion au succès dans la recherche d’emploi [48, 18]. D’autres traits comme l’orientation vers la réussite, le lieu de contrôle et l’optimisme corrèlent également avec les comportements de carrière [49, 18]. Les liens entre la personnalité et les intérêts sont évidents: l’ouverture s’aligne avec les poursuites artistiques/investigatrices, l’extraversion avec les rôles entreprenants/sociaux, et l’amabilité avec les intérêts sociaux ; les intérêts réalistes ne montrent pas de chevauchement direct [50, 18]. Les instruments comme le NEO-PI-R, l’Indicateur de Type Myers-Briggs (MBTI), l’Edwards Personal Preference Schedule (EPPS) et le 16PF sont standards pour l’évaluation formelle [51, 18]. Par exemple, une forte extraversion pourrait orienter un client vers des rôles de vente valorisant les compétences verbales.
La saillance de carrière, la préférence pour le rôle de carrière par rapport à d’autres rôles (par exemple, la famille), évolue avec le temps et est essentielle pour la gestion des rôles multiples, en particulier chez les femmes [39, 18]. Bien que les mesures manquent de psychométrie robuste, les conseillers peuvent explorer via des questions sur les priorités des rôles [18], comme évaluer si une mère qui travaille privilégie l’avancement de carrière par rapport au temps familial.
Adresse à l’Indécision et Adaptation des Interventions :
L’indécision de carrière, définie comme la difficulté ou l’incapacité à faire des choix éducatifs ou professionnels clairs, reflète souvent un faible niveau de maturité de carrière et provient de divers facteurs, y compris un manque de préparation, des informations ou valeurs conflictuelles, ou des barrières externes comme les pressions familiales [6]. Kelly et Lee (2002) ont identifié sept causes, les regroupant en trois types de clients : anxieux/indécis nécessitant un conseil intensif, informationnels nécessitant des ressources, et ceux avec des conflits externes nécessitant un soutien à la négociation [6]. Le conseil en carrière ne vise pas toujours des choix immédiats ; favoriser l’exploration est une issue précieuse, en particulier pour les adolescents envisageant plusieurs options [6]. Par exemple, les clients anxieux bénéficient de techniques thérapeutiques pour renforcer la confiance, tandis que les clients informationnels ont besoin d’ateliers ou de stages d’observation, et ceux avec des conflits nécessitent une aide pour aligner les aspirations avec les attentes [6]. Des outils comme l’Échelle de Décision de Carrière (CDS), l’Inventaire des Facteurs de Carrière (CFI) et le Questionnaire des Difficultés de Décision de Carrière (CDDQ) identifient les causes de l’indécision, avec l’Échelle d’Auto-efficacité dans la Prise de Décision de Carrière (CDMSE) évaluant les compétences en auto-évaluation et résolution de problèmes, malgré certaines limites de recherche [6]. Les interventions personnalisées aident les clients à surmonter les barrières, à améliorer la conscience de soi et à poursuivre des chemins de carrière correspondant à leurs forces et objectifs.
Conclusion : Héritage Durable et Orientations Futures
La maturité de carrière demeure un concept séminal dans le développement de carrière, mais son évolution vers l’adaptabilité de carrière reflète la réactivité du domaine à un monde postmoderne de flux et d’incertitude. En reconstruisant la maturité pour mettre l’accent sur la forme adaptative, l’héritage de Super est revitalisé, intégrant les influences contextuelles et les éléments psychosociaux [53, 6]. Les recherches futures doivent privilégier une équivalence transculturelle robuste, des outils psychométriques avancés et des intégrations avec la personnalité et la saillance pour favoriser des interventions holistiques. Cette revue complète affirme que, tout comme le proverbe Xhosa, les principes de la maturité de carrière persistent, mais leur application exige une adaptation continue pour rester pertinente dans des contextes mondiaux diversifiés [6].
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